
La chaleur du bar et le brouhaha enveloppaient Henri depuis peu.
Il était assit au comptoir de ce bar parisien toujours aussi bondé, du huitième arrondissement de paris. Et comme en plus il pleuvait un peu dehors et qu’on était samedi, ça bousculait de partout. Il se demandait le sourire au coin de la bouche ce que les gens trouvaient de si attirant en ce lieu où la tasse de café coûtait dix euros alors qu’il n’est pas mieux fait qu’à la bonne vieille brasserie de son cousin jacques en banlieue dans le quatre vingt douze. Il ne se le demandait pas vraiment, puisque c’était évident ; les gens venaient là juste parce que c’était Paris huitième.
Henri termina sa bière d’une traite et reposa le verre sur le zinc, clignant des yeux. Il avait de plus en plus de mal à les garder ouvert – boire cette bière n’avait pas été une bonne idée, il s’en rendait compte tout à coup, prit d’une certaine panique. Se redressant sur sa chaise il passa sa main sur sa barbe naissante, et là, ses yeux se posèrent sur le miroir en face de lui. Entre les bouteilles étalées sur les étagères il eut une vision horrible de lui. Un homme de vingt neuf ans qui en paraissait quarante avec cette barbe qui lui donnait l’air de ne pas s’être lavé depuis une éternité – alors qu’en vrai ça ne faisait que deux jours, avant cela il avait essayé quand même – portant un costume sombre, et une chemise bleu foncée déboutonnée et défraîchie.
Ses joues étaient creuses, des cernes formaient des cratères sous ses yeux vert clair et de gros traits d’une intense fatigue ridaient son front. « Ca y est, je meurs » pensa-t-il sincèrement une larme à l’œil. Alors, il se sentit très lourd, comme tiré vers le fond, lourd même sur sa chaise. Il détourna les yeux du miroir et se passa la main sur le visage, se donnant des petites claques pour être sûr qu’il ne s’endormait pas.
A cet instant, une main se posa gentiment sur son dos, et il en reçu un étrange frisson. Il fit pivoter sa chaise sur sa gauche et découvrit là une belle métisse qui lui souriait. Elle paraissait jeune, environ vingt cinq ans, les cheveux tirés en arrière. Son nez était européen mais sa bouche était pleine, africaine, et ses yeux noirs avaient une forme asiatique.
Elle resta debout près de lui sans dire un mot d’abord, l’observant.
Henri pensa qu’il avait une touche, il supposait que la belle jeune femme l’avait silencieusement observé dans son coin et qu’à présent elle venait l’aborder. Elle était drôlement belle, mais là franchement, il n’avait pas la tête à ça.
La jeune femme qui l’observait toujours pouffa et se mit à rire doucement avant de se ressaisir et d’annoncer d’une voix forte pour se faire entendre par-dessus les rires et la musique de fond : « Je ne suis pas venue à vous pour ce que vous croyez monsieur CARNO. » Henri souleva les sourcils étonné de voir qu’elle le connaissait. Car pour lui, sur le coup du moins, elle ne lui rappelait rien ni personne. Non, il était quasi certain de ne pas l’avoir vu auparavant, il s’en serait rappelé sinon, ça c’est sûr.
- Ex, excusez moi je, remettez moi, là je ne vois pas. Dit il de sa voix très masculine.
- Nous ne nous connaissons pas. Du moins pas encore. Sim m’a parlé de vous.
- Qui ça ?
- Simon PRIEST, votre psy.
- Oh. Oui, vous êtes venu avec lui, je ne le vois pas.
Henri regardait alentour.
- Il n’est pas venu. C’est juste moi. Répondit la jeune femme, ouvrant les bras comme si elle s’offrait.
- Ah ?
Henri ressentit une énorme déception. Quand le psychiatre qu’il avait rencontré au début de la semaine lui avait annoncé avoir la solution à son problème, il s’était dit qu’enfin, il avait peut être une chance de s’en sortir. Merde, ça faisait plus de trois semaines maintenant qu’il ne dormait pas normalement, qu’il se battait contre le sommeil, qu’il absorbait des médocs à en vomir toutes ses tripes. Plus de trois semaines qu’il était en arrêt maladie, plus de trois semaines qu’il consultait médecins et psy à la pelle et rien n’allait mieux. Qu’est que cette gonzesse allait bien pouvoir faire hein ? Ca y est, là c’était sûr, la prochaine fois qu’il fermait les yeux serait la dernière et c’est son cadavre que l’on allait trouvé.
Il se passa la main sur le visage, réprimant un cri de rage et lança dans un rire ironique :
- Alors je n’ai plus qu’à aller me coucher dans ma tombe, ça évitera bien des peines à mon entourage.
La jeune femme qui avait remit ses mains dans les poches de son imperméable gris foncé noué à la taille, affichait un air de compassion. Elle le regarda un moment puis d’un coup, elle lui dit :
- Je m’appelle Sonia X.
Henri se mit à rire. Un nom idéal pour une star de film pornographique, pensa-t-il.
- Ecoutez, je, laissez tombez Sonia. Je ne suis pas intéressé. J’ai d’autres soucis en ce moment et franchement je n’ai pas la tête à ça.
- Je vous l’ai déjà dit Henri, je vous le répète, je ne suis pas là pour ça. Et contrairement à ce que vous pensez je suis pour le moment la seule personne qui puisse vous aider à retrouver le sommeil et par la même occasion votre job et votre gentille petite vie.
Henri eut soudain l’air intéressé par ce que Sonia avait à lui proposer.
- Ok, co, comment vous faites ?
- Suivez moi. J’ai loué une chambre dans un hôtel non loin d’ici. Nous y allons en courant, il pleut encore dehors.
Henri hésita. Il se demanda s’il s’agissait d’une blague, et malgré son scepticisme, il la suivit jusqu’un petit hôtel dans un arrondissement voisin.
Tout le temps où il courut derrière elle, il se demandait se qu’il foutait là, courant sous la pluie parisienne à suivre une jeune femme en imper qui portait un nom identique à celui des femmes du dimanche soir sur la câble.
Jusqu’où était il donc tombé ? D’ordinaire c’était aux femmes de lui courir après.
Lui, Henri CARNO, beau gosse aux yeux verts, qui déjà à son âge gagnait quatre vingt pourcent de ses procès depuis un an, chez Mission, célèbre cabinet d’avocats.
Un homme qui du tout-pour-être-heureux passait au tout-pour-rester-en-vie, quitte à suivre une inconnue nommée Sonia X dans un hôtel pas cher un samedi après midi.
Ils arrivèrent essoufflés à l’hôtel, Sonia demanda la clé de la chambre qu’elle avait loué pour une day-use et ils montèrent à pied jusqu’au troisième étage chambre 3. 3.
- Et ben vous voyez en plus on à une chambre à chiffre double, ça peut nous porter bonheur. Lança-t-elle gaiement en ouvrant la porte.
- Mouais. Répondit Henri, sans conviction.
L’hôtel était simple, du bois partout et une odeur de grenier pour aller avec.
Il y avait un grand lit dans la chambre, une télévision fixé en hauteur, une fenêtre derrière un rideau blanc très léger et des rideaux mauve foncés tirés, une petite commode où reposait un téléphone et la télécommande de la télévision. Les toilettes et les salles de bains se trouvaient sur le palier.
- Déshabillez vous et allez vous allonger. Ordonna Sonia.
Henri s’exécuta comme un enfant obéissant à sa maman. Il se disait qu’après tout faire la bringue pour la dernière fois avant de crever n’était pas une mauvaise idée.
Il n’en avait pas vraiment envie mais Sonia devait être une pro – elle savait sans doute motiver un homme…
Henri était dans le lit, machinalement il alluma la télévision et coupa le son comme il le faisait souvent chez lui. Il avait tout enlevé sauf son caleçon et s’avisait de l’odeur bestiale qui se dégageait de lui. Un instant, il eut honte, puis il s’en remit. Il regarda Sonia plier ses affaires et les poser sur la commode. Elle portait un Tanga et une brassière rouges, elle avait un peu de ventre, et de cuisse, une cambrure très africaine et de très belles fesses. Henri commençait déjà à avoir chaud. « Arrêtez de me mater, je vous ai déjà dit que je n’étais pas venue à vous pour ça. » Lança Sonia en s’installant dans le lit. Elle s’allongea le visage tourner vers le sien à une bonne distance.
- Alors ? demanda Henri.
- Dormez.
- C’est une plaisanterie ! cria-t-il.
- Non. Je n’ai pas ce genre d’humour.
- Donc votre plan c’est de me tuer ? Ou plutôt, me forcer au suicide.
- Henri. Je sais que vous ne me connaissez pas et je vous remercie pour la confiance que vous m’accordez aveuglément, même si je sais que c’est en partie dû à votre désespoir, mais je vous assure que je suis là pour mettre fin à votre tourment et pour rien d’autre que cela.
- Je veux bien vous croire mais dites moi comment. Quels, quels sont vos capacités ?
- Mes capacités sont divines.
- Vous êtes une exorciste ?
- Non. Vous n’êtes pas possédé vous êtes suivi par une âme qui cherche une issue.
Vous savez elle est beaucoup plus à plaindre que vous.
- Je ne crois pas non. Cette chose n’est pas à plaindre, elle est démoniaque, elle me saute dessus dès que je ferme les yeux pour dormir.
- Ca vous l’avez cherché. Qu’elle idée d’aller dormir dans sa voiture au milieu de la nuit juste à un endroit où on a déterré le cadavre d’une adolescente ?
- J’étais allé voir un client et au retour j’étais trop fatigué. J’ai préféré m’arrêter pour dormir un peu.
- Résultat depuis cette nuit vous ne dormez plus du tout !
- Vous auriez préféré que je meure d’un accident de voiture ?
- Sûrement pas, mais je vous signale qu’il y a une auberge à un kilomètre du lieu.
- Ouais, ben ça je ne m’en suis souvenu que trop tard. Et puis ça suffit arrêtez vos réprimandes ! Je croirai entendre ma mère. Ce qui est fait est fait. Maintenant, je veux juste que l’esprit de cette adolescente arrête de me martyriser.
- Je suis là pour ça.
- Comment ça se fait que vous ayez ces, ces, c’est quoi d’ailleurs ?
- Je vous l’ai dit, ce sont des dons divins.
- Et ça marche vraiment ?
- Je ne vous permets pas de douter de Dieu !
- Oh, excusez moi, je ne suis pas croyant, je suis parisien.
- Très drôle ! Bon dormez maintenant.
- Je ne peux pas.
- Si vous pouvez. Fermez les yeux, et dormez.
- Non, je vous assure.
- Ecoutez, vous avez du sommeil à rattraper non ?
- Oui mais…
- Alors allez y ! Sinon je ne peux rien faire pour vous.
D’un geste brusque, Henri baissa la couverture et montra ses affreux bleus à Sonia.
- J’ai vu pire. Recouchez vous.
Il se replaça.
- Et apparemment ça ne vous empêche pas de croire que c’est cette tarée la victime. Pourquoi ? Pourquoi elle m’en veut à ce point ? Ce n’est quand même pas parce que j’ai osé m’assoupir sur sa tombe ?
3 commentaires:
Bien
J'aime beaucoup ton écriture.
bi-1 wouais ca va. Si si
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